Extinction de l'éclairage public : nouvelles données 2024-2025 pour suivre le déploiement de la politique publique

Mercredi 17 juin 2026
Carte extinction 2024-2025

Le pôle satellite du Cerema, en partenariat avec DarkSkyLab et l’Office français de la biodiversité, met à disposition une mise à jour des données des pratiques d’extinction nocturne des communes françaises sur la période de juillet 2024 à juin 2025. 73 % des communes étudiées appliquent désormais une extinction totale ou partielle en cœur de nuit. Pour la première fois, ces données sont étendues aux Départements et Régions d’Outre-mer : Guadeloupe, Guyane, Martinique, Mayotte, Réunion. Autre nouveauté : l’analyse est également menée à l’échelle infra-communale, ce qui permet de distinguer les pratiques par quartier à l’échelle de chaque commune. Ce travail vient compléter le panorama 2014-2024 des pratiques d’éclairage public des collectivités rendu public par le Cerema en juillet 2025. 

La cartographie mise à jour est disponible sur Cartagene. Retrouvez les autres indicateurs relatifs à la sobriété lumineuse sur la page dédiée du site internet du centre de ressources Trame verte et bleue.

L'extinction de l'éclairage public en cœur de nuit, une pratique désormais largement répandue

Les résultats publiés confirment l'ancrage durable de l'extinction nocturne dans les collectivités françaises. Sur les 22 773 communes de France hexagonale et d’Outre-mer analysées depuis 2014, on constate 12 539 extinctions totales, 4 031 extinctions partielles, 459 abandons de l’extinction, et 856 extensions de l’éclairage. 

Dit autrement, sur les 22 773 analysées, 73 % des collectivités appliquent en 2025 l’extinction totale en cœur de nuit ou des extinctions partielles.


Précautions d’interprétation des données

A noter : ces observations sont antérieures à la période de campagne des élections municipales 2026 et au renouvellement des exécutifs locaux. Elles sont également antérieures au choc énergétique mondial lié au conflit débuté en février 2026 au Moyen-Orient et impactant le prix de l’énergie.

Pour rappel, la cartographie de l’éclairage nocturne à partir de données satellitaires n’est représentative que du cœur de nuit à cause de l’heure du passage du satellite considéré (instrument VIIRS de la NASA, entre 2h et 4h du matin). Elle ne peut donc pas informer sur d’éventuelles modifications vers des horaires d’extinction plus tardifs par exemple. 

À noter : de nombreuses petites communes (près de 8 000) sont "non étudiées" car trop peu lumineuses pour être détectées par satellite à cette échelle.

Les données 2024-2025 montrent une stabilisation du nombre de communes s'engageant dans cette démarche. Cette évolution peut s’interpréter d’une part par une relative baisse du coût de l’énergie liée à la période du choc des prix de l’énergie suite au démarrage du conflit russo-ukrainien ; d’autre part par le déploiement de systèmes dits "intelligents" (rénovation, abaissements, télégestion, détection de présence, etc.). On peut également estimer que les collectivités se sont aujourd’hui déjà massivement engagées, comme le montre l’évolution des pratiques depuis 2014, et que cet engagement atteint une forme de plafond.

 


Depuis 2014, l’extinction de l’éclairage public en cœur de nuit est devenue une pratique largement majoritaire en France

 

À l'échelle nationale, 30% des extinctions totales ont été mises en place pendant la crise énergétique entre septembre et décembre 2022.

Les régions Auvergne Rhône Alpes, Ile de France, Occitanie et Provence Alpes Côte d'Azur ont plus de 40% de leurs communes qui ont probablement mis en place une extinction totale en cœur de nuit.

Les changements de pratique sont différents en fonction de la taille des communes : les extinctions totales ont majoritairement lieu dans les petites et moyennes communes, et les extinctions partielles ou rénovations dans les grandes villes. Les pratiques de rallumage ne semblent pas corrélée à la taille de la commune, comme le montrent les graphiques suivants. Un ensemble hétéroclite de communes ont en effet fait le choix de rallumer l’éclairage public, comme par exemple Saint-Etienne (170 000 habitants), Hendaye (18 000 habitants), Banyuls-sur-Mer ou Espalion (environ 4 500 habitants). 


Une extension aux territoires ultramarins

Pour la première fois, les Départements et Régions d'Outre-mer sont intégrés à l'analyse. Sur 2024-2025, les résultats montrent des pratiques différentes de celles observées dans l'hexagone, avec une part plus importante de rénovations du parc d'éclairage et d'extinctions partielles.

À note que pour Mayotte, les effets du cyclone Chido sont visibles : les extinctions détectées correspondent en fait aux destructions d’infrastructures d’éclairage.

Cette extension géographique constitue une avancée importante pour la connaissance de la pollution lumineuse à l'échelle nationale et permettra à terme de mieux intégrer les enjeux spécifiques de biodiversité ultramarine dans les politiques de sobriété lumineuse.

On peut estimer que l’enjeu d’approvisionnement en énergie des DROM influe sur le choix de renouvellement du parc d’éclairage. En Guadeloupe, l’éclairage public représentait en 2018 en moyenne 46 % de la consommation énergétique d’une commune et 58 % de sa consommation électrique. Depuis 2018, la Région Guadeloupe et le Syndicat Mixte d'électricité de la Guadeloupe, avec l’appui du Fonds européen de développement régional (FEDER), ont donc financé un programme ambitieux de modernisation et de rénovation énergétique de l’éclairage public d’une vingtaine de communes, avec un passage vers des luminaires LED performants. 

Une campagne similaire a eu lieu en Martinique à partir de 2019. Ces rénovations sont bien détectées par satellite, avec des diminutions progressives mais modérées de l’intensité lumineuse émise vers le ciel. Malgré tout, les petits territoires insulaires ultramarins présentent des niveaux de pollution lumineuse globalement plus élevés que l’Hexagone. L’éclairage public solaire est également plébiscité dans le but de réaliser des économies d’énergie, comme à Pointe-à-Pitre, Fort-de-France ou à Capesterre-de-Marie-Galante. Le déploiement de ces nouveaux systèmes est à double tranchant, puisque sa praticité peut entraîner une augmentation de la pollution lumineuse.

Une nouveauté : des données à l'échelle des quartiers

L'autre évolution importante de cette nouvelle édition est la mise à disposition d'indicateurs à une échelle infra-communale, celle de l’IRIS, pour les communes de plus de 5 à 10 000 habitants ou selon leur équivalent - zones urbanisées infra-communale - pour les communes de moins de 5 000 habitants.. Il devient désormais possible d'observer des différences de pratiques entre quartiers au sein d'une même ville.

Les IRIS, qu’est-ce que c’est ?

Les communes d'au moins 10 000 habitants et la plupart des communes de 5 000 à 10 000 habitants sont découpées en IRIS (Ilots Regroupés pour l'Information Statistique). Ce découpage, maille de base de la diffusion de statistiques infracommunales, constitue une partition du territoire de ces communes en "quartiers" dont la population est de l'ordre de 2 000 habitants. La France compte environ 15 500 IRIS dont plus de 750 pour les DROM. 

Les nouvelles données des zones urbanisées infra-communales permettent de distinguer différentes pratiques selon les quartiers. Par exemple, il est fréquent que les centres-villes restent éclairés tandis que les faubourgs sont éteints en cœur de nuit. On constate aussi de nombreuses zones commerciales en périphérie des villes dont l’éclairage (majoritairement privé) reste allumé toute la nuit.

Cette finesse d'analyse ouvre de nouvelles perspectives pour les démarches locales de Trame noire en permettant de mieux cibler les secteurs prioritaires d'intervention.

 

 

Un outil d'aide à la décision pour les territoires et pour la restauration des continuités écologiques

Au-delà des enjeux énergétiques, ces données présentent également un intérêt pour les politiques de préservation de la biodiversité nocturne. Les pratiques d’extinction en cœur de nuit constituent un véritable levier pour réduire les impacts de la pollution lumineuse sur les espèces sensibles à l’éclairage artificiel.

Toutefois, la mise en œuvre d’une Trame noire ne saurait se résumer aux seules extinctions nocturnes. Elle s’inscrit plus largement dans une démarche de sobriété lumineuse visant à adapter l’éclairage au plus près des usages tout en prenant en compte les enjeux écologiques : suppression des points lumineux inutiles, limitation des durées d’éclairement, réduction des intensités lumineuses, meilleure orientation des flux ou encore lutte contre le suréclairage. De nombreuses espèces — chauves-souris, insectes nocturnes, amphibiens ou oiseaux — présentent par ailleurs des pics d’activité en début ou en fin de nuit, ce qui souligne la nécessité d’adapter les stratégies d’éclairage aux contextes locaux.

À l’échelle des territoires, ces données constituent ainsi un outil d’aide à la décision. Elles permettent de suivre l’évolution des pratiques d’éclairage, d’évaluer la mobilisation des territoires et d’identifier les secteurs où des continuités écologiques nocturnes sont déjà préservées en cœur de nuit, mais également les zones où des efforts restent nécessaires pour réduire les impacts de l’éclairage artificiel.

Accessible librement, cette cartographie peut être mobilisée par les collectivités, les gestionnaires d’espaces naturels ou les bureaux d’études pour alimenter les démarches de Trame noire et de sobriété lumineuse. Elle confirme également que l’extinction en cœur de nuit s’inscrit désormais parmi les leviers largement mobilisés par les territoires pour concilier économies d’énergie, préservation du ciel nocturne et la restauration des continuités écologiques.