Entretien avec Gilles Dudouit, adjoint au Maire de la commune de Saint-Vallier-de-Thiey (Alpes-Maritimes)
Notre commune se situe au cœur du Parc naturel régional des Préalpes d'Azur, au sein de la Réserve internationale de ciel étoilé Alpes Azur Mercantour. Nous sommes également à proximité de l'observatoire de Calern. Nous avions donc déjà cette volonté de limiter la pollution lumineuse et de préserver le ciel étoilé.
L'augmentation du coût de l'énergie en 2022 a accéléré la réflexion. Nous nous sommes retrouvés face à un projet de rénovation estimé à près de 600 000 euros pour 850 points lumineux. Nous avons alors décidé de reprendre les choses dans l'ordre et de réfléchir à ce que nous voulions réellement pour notre commune dans une démarche de sobriété lumineuse et de maîtrise des coûts.
Nous avons constitué un groupe de travail d'élus, échangé avec les commerçants et cherché à comprendre les attentes des habitants. Nous sommes arrivés à trois objectifs simples : mieux éclairer tout en préservant la biodiversité, consommer moins et préserver la sécurité.
Nous avons découpé la commune en plusieurs secteurs. Le cœur de village, les quartiers résidentiels et les secteurs peu urbanisés n'ont pas les mêmes besoins. Nous avons remplacé certains luminaires, notamment les boules et les lanternes de style avec vitres bullées qui diffusent énormément la lumière, abaissé les puissances, réduit la température de couleur à 2 200 kelvins, donc bien en deçà de la réglementation, déployé l’extinction en cœur de nuit et même supprimé près de 250 points lumineux ! Le budget de ce projet bien plus satisfaisant s’est élevé à 200 000 euros.
Nous avons aussi travaillé avec les commerçants et les particuliers pour réduire la pollution lumineuse liée aux privés.
Oui, beaucoup ! En ce qui concerne l’extinction en cœur de nuit, nous avions mis en place une démarche uniforme sur une grande partie de la commune. Nous nous sommes rapidement rendu compte que cela ne correspondait pas totalement à la réalité de notre territoire.
Nous avons donc ajusté les horaires en fonction des usages avec aujourd'hui quatre plages d’extinction différentes :
Nous avons également ajouté certains éclairages solaires à détection, en agglomération, dans les secteurs où les piétons avaient besoin de circuler en sécurité.
Le travail n'est d'ailleurs pas terminé. Nous continuons à être à l'écoute des habitants et à apporter des ajustements lorsque cela est nécessaire.
Au début, cela a parfois été compliqué. Comble de malchance, une vague de cambriolages est survenue au moment des premières extinctions, pourtant sans rapport avec celles-ci. En effet, en regardant les horaires et les faits, nous avons constaté que les cambriolages se produisaient aussi lorsque l'éclairage était allumé. Le dialogue avec les habitants a permis de dépasser ces inquiétudes.
Nous organisons régulièrement des réunions de quartier. Elles permettent de rappeler les règles, d'expliquer les choix de la commune, d'entretenir un véritable échange avec les citoyens et d'apporter des ajustements lorsque cela s'avère nécessaire.
Aujourd’hui les coupures nocturnes sont perçues comme un vrai confort et il n’est pas rare d’être contacté quand l’éclairage reste allumé.

Nous avons réduit d'environ 70 % notre consommation d'énergie et diminué fortement le nombre de points lumineux. Nous avons également réalisé une opération financièrement beaucoup plus maîtrisée que le projet initial.
Mais les bénéfices ne sont pas uniquement énergétiques. Les habitants évoquent régulièrement le confort retrouvé : ils peuvent ouvrir leurs fenêtres, profiter de la fraîcheur nocturne tout en bénéficiant de l'obscurité indispensable pour un sommeil de qualité. Avec ces canicules qui se succèdent on mesure les bienfaits de l’extinction de l’éclairage qui permet la ventilation nocturne.
Nous avons aussi le sentiment d'avoir trouvé un éclairage qui correspond à notre commune et à ses besoins, tout en prenant en compte la biodiversité et la qualité du ciel nocturne.
Aujourd'hui, la démarche est très bien acceptée : alors qu’avant les habitants nous appelaient quand les lampadaires étaient éteints, aujourd’hui ils nous appellent quand les lampadaires restent allumés suite à des problèmes techniques. On se dit alors que nous avons franchi un cap important !
Poursuivre cette action, continuer à échanger car rien n’est jamais acquis. Il faut aussi continuer à accompagner les privés, les bailleurs sociaux pour harmoniser l’éclairage. Le cœur village mérite lui aussi notre attention pour renforcer le confort de l’extinction nocturne en préservant la sécurité de déplacement et en conservant l’attractivité des commerces.